Les moulins à eau

Enfouis sous le maquis, restaurés, ou en activité, les moulins à eau sont des marqueurs importants de l’histoire de l’île et du Cap Corse.

En 1829, un relevé estime à 1220 le nombre de moulins à farine hydrauliques en Corse. Ils témoignent de l’importance de la culture des céréales : blé, orge, maïs. 

A la fin du XVIIIesiècle, elle représente, selon les auteurs du Plan Terrier, plus de 50% de l’activité agricole, suivi par la récolte de châtaignes à plus de 10%. Dans le Cap Corse, le Plan Terrier dénombre 82 édifices, dont 18 à Luri, 10 à Brando et 7 à Pietracorbara. Les pressoirs à huile, très nombreux dans le Cap, n’entrent pas dans ce comptage. 

Les moulins à céréales capcorsins, comme la plupart des moulins corses, sont à roue horizontale. Ils sont alimentés en eau par une conduite forcée, située en amont sur la rivière. L’eau est projetée sur les cuillers de la roue, qui grâce à son axe vertical, entraîne la meule à grains horizontale. Aux moulins d’Olcani et d’Ogliastru, la meule à grains permettait aussi d’actionner la meule à olives verticale. La prédominance de la structure à roue horizontale, s’explique par la configuration du terrain et la transmission du savoir-faire dans une Corse autarcique où les paysans se regroupent à la fois pour la construction, l’exploitation et l’entretien des moulins. 

Aujourd’hui, le moulin à céréales du hameau de Teghjeà Sisco est toujours visible. A Pietracorbara, les ruines imposantes du moulin Massoni pointent dans le maquis. En 2005 puis en 2015, l’association Petra Viva, a entrepris la restauration d’un moulin en fonction jusqu’en 1947 et en a fait u Mulinu Vivuque l’on peut désormais visiter. A Cagnano, « u mulinu Savina », toujours en activité, produit de la farine de maïs, de châtaigne et de l’huile d’olive.

Les moulins à vent

Le Cap, terre amie des vents, appelait la présence de moulins à grains. Treize ont été construits à sa pointe du Cap, autour de Centuri, à l’ouest, et de Macinaghju, à l’est. Aujourd’hui ils sont tous en ruine sauf un : le moulin Mattei, qui n’est plus un moulin mais un emblème publicitaire restauré par le Conservatoire du Littoral.

Sur les treize moulins en activité au milieu du XIXe siècle, sept sont encore visibles. Certains, en ruine, sont mangés par le maquis ; deux autres dominent le col de la Serra (commune de Centuri). Ils n’ont plus de toit. L’un sert de bergerie tandis que le second, abandonné, possède encore sa double meule. Ils font face au moulin Mattei.

L’histoire de ce moulin est emblématique de l’histoire du Cap Corse. Le 4 octobre 1834, il est frappé par la foudre. L’importance des dégâts empêchent sa réparation. Un siècle plus tard, Louis Napoléon Mattei, inventeur de l’apéritif « Cap Corse », le restaure et le transforme en objet publicitaire à l’effigie de sa marque. Le moulin retrouve un toit et des ailes, mais elles sont factices. On s’y arrête pour admirer le paysage. Au bout d’un demi-siècle le moulin est de nouveau très délabré. En 2004 il est racheté et réparé par le Conservatoire du Littoral. Ce dernier choisit de le restaurer comme il était en 1930, c’est-à-dire comme objet publicitaire. Il aménage les abords et organise, l’été, des expositions dans le moulin qui a entamé ainsi sa… troisième vie.