Les tours du littoral

Rondes, perchées sur des promontoires ou dominant des marines, les tours de guet résistent au temps. Véritables emblèmes du Cap Corse, elles ont été élevées au XVIe siècle, au temps de la domination génoise. Objectif : mieux lutter contre les invasions barbaresques et contrôler le trafic maritime. Ces bâtiments font partie du patrimoine militaire de la Corse.

Des trente sentinelles de schiste construites le long des 92 km de côtes capcorsines, il n’en reste plus que quinze debout, plus ou moins bien conservées. De Lavasina (Brando) à Negro (Olmeta di Capicorso) en passant par les îles Finocchiarola et celle de la Giraglia, elles marquent le paysage capcorsin. Rondes pour supprimer tout angle mort et favoriser la posture défensive, ces constructions, hautes de 9 à 17 mètres, étaient gardées par un petit nombre d’hommes en armes payés par chaque communauté villageoise. Elles s’élèvent sur plusieurs niveaux : un sous-sol pour les réserves d’eau, de vivres et de munitions; deux étages pour loger la garnison, une terrasse bordée d’un parapet percé de meurtrières voire de canonnières à l’abri de mâchicoulis.

Ces ouvrages défensifs formaient, autrefois, un véritable réseau de communication stratégique : en cas d’approche d’un navire suspect, on allumait un feu. Ce signal était répercuté de tour en tour. Populations et bêtes se repliaient alors vers l’intérieur des vallées pour se soustraire aux attaques des barbaresques.

Depuis 2002, ces tours sont la propriété de la Collectivité Territoriale de Corse (CdC). Cinq sont classées monuments historiques :Erbalunga, Santa Maria della Chiapella, Albu Nonza et Negru.

Les tours de l'intérieur

Construites entre le XIIIe et le XVIIe siècle, les tours carrées des hameaux capcorsins sont des châteaux-forts à la mode insulaire des « case forte » et un symbole de prestige social. 

Leurs propriétaires, seigneurs ou notables, devaient protection à leurs affidés qui s’y enfermaient en cas d’attaque de barbaresques ou de pirates. Souvent abandonnées jusque dans les années 1960, elles ont été restaurées et sont de nouveau habitées. Chaque commune en compte au moins une. Morsiglia, avec neuf tours encore debout, est en tête du palmarès. Ces bâtiments font partie du patrimoine civil de la Corse.

Historiquement liées aux fiefs seigneuriaux, ces tours, généralement carrées, sont, à leur création, aménagées pour être habitées par une famille élargie aux gens d’armes qui gardent la place. Certaines sont très spartiates. Toutes répondent à des objectifs défensifs.

Plus ou moins spacieuses, elles ont un rez-de-chaussée composé de caves voûtées, deux étages d’habitation et une terrasse avec mâchicoulis. Une de leurs spécificités est de ne présenter aucune fenêtre – seulement des meurtrières – sur le mur qui se trouve être le plus menacé : celui qui fait face aux montagnes. Une recherche récente menée sur les tours carrées de Canari et Centuri révèle que les murs sont tenus par un mortier de terre et non un mortier de chaux, plus onéreux et généralement réservé aux tours rondes du littoral.

Les tours restaurées d’aujourd’hui sont d’incomparables maisons estivales : l’été il y fait toujours frais et la terrasse bordée de mâchicoulis est un solarium de rêve, un lieu où, toujours, le regard porte loin.